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MÉDECINE TRADITIONNELLE CHINOISE | La diététothérapie chinoise


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La diététique chinoise

   « Un excès de saveur acide draine toute l’énergie dans le Foie et la Rate s’affaiblit.
Un excès de saveur salée épuise l’énergie des os longs, affaiblit les muscles et épuise le Cœur.
Un excès de saveur sucrée essouffle et encombre l’énergie de la Rate : le teint s’assombrit et l’énergie du Rein est déséquilibrée.
Un excès de saveur amère arrête l’imprégnation de l’organisme par l’énergie de la Rate et épaissit l’énergie de l’Estomac.
Un excès de saveur piquante relâche les muscles et les vaisseaux et sollicite trop la force vitale.
Ceci montre qu’il faut tenir compte de l’harmonie des cinq saveurs pour que les os restent droits et les muscles souples, pour que la peau soit résistante, pour que l’énergie imprègne aussi bien le physique que le mental.
Tenir compte du Dao est une nécessité et permet une longue vie en accord avec le cosmos. »


   Ainsi s’exprime depuis plus de deux mille ans le Huangdi Neijing, l’ouvrage fondamental de la médecine chinoise. Pour la civilisation du Dao, l’alimentation est en effet une des principales causes des maladies. Une cause qui est appelée « ni externe ni interne » puisqu’elle ne fait pas partie des facteurs pathogènes externes comme le vent, le froid, l’humidité, la chaleur ou la canicule, et qu’elle n’est pas non plus causée par les troubles du cœur émotionnel. Elle se situe donc « au centre », un peu comme la respiration fait, elle aussi, le lien entre l’homme et son environnement. D’ailleurs respirer et manger sont les deux « nourritures », céleste et terrestre, d’un être humain dont la vie dépend toujours entièrement de son milieu.


   On ne s’étonnera donc pas d’apprendre que la diététique chinoise est à la source d’une médecine où le nutritionniste est traditionnellement placé au sommet de la hiérarchie médicale. Immuable, hors d’atteinte des influences pouvant provenir des modes alimentaires successives, la diététique chinoise diffuse inlassablement les mêmes préceptes. Elle parle de saveurs, de natures, de couleurs, de textures ou de modes de cuisson là où d’autres résonnent en terme d’acides aminés, de vitamines ou d’oligo-éléments. Elle s’appuie donc sur des principes fondamentaux qui peuvent sembler totalement désuets à l’esprit cartésien qui nous caractérise depuis que nous sommes partis à la découverte du « nouveau monde » : le Dao, le Yin et le Yang, les cinq Eléments, le Qi … Elle demeure à jamais réfractaire à notre vision moléculaire du monde et se refuse à toute compromission avec les spécialistes de la fragmentation du vivant qui assimilent l’homme à une machine thermique dont l’aliment est le carburant.

 


   « Tu es ce que tu manges » voici un précepte qui, même si il n’est pas d’origine chinoise, est tout à fait propre à nous aider à pénétrer dans le mystère de Qihua, la transformation énergétique.

   Pour la diététique du Dao, l’aliment est en effet une vibration, un Qi, et comme chaque homme est également générateur d’une énergie qui lui est propre, c’est d’une rencontre unique entre un être humain et son aliment que serons fait les lendemains de l’homme. Tout comme ce n’est jamais le même fleuve qui passe sous le pont, le mystère d’une relation particulière fait qu’il y aura toujours quelque chose de nouveau dans l’absorption d’un même aliment et que décortiquer une carotte jusqu’à ses plus simples composés ne nous renseignera jamais sur sa véritable destinée à l’intérieur du corps humain. Les conditions extérieures, l’aliment et les conditions intérieures de l’homme changent à chaque instant. Le végétal qui vient tout juste d’être cueilli et qui a poussé dans les conditions les plus propices n’aura pas évidemment le même Jing (principe vital) que celui qui est resté en chambre froide durant un mois et qui vient d’être cuit au micro-onde. L’homme qui mange sereinement au bord d’un lac aux eaux paisibles n’aura pas la même faculté d’assimilation que celui qui dévore au milieu du bruit et de l’agitation. Tout ceci est évident et ce sont ces principes basiques que la diététique chinoise met toujours en avant.

   Mais adhérer aux principes de la diététique chinoise, ce n’est pas pour autant « manger chinois », ni même s’attabler dans un de ces multiples restaurants que les asiatiques ont su si bien adapter aux habitudes alimentaires des occidentaux. Non, adopter les principes de la diététique du Dao c’est avant tout avoir conscience que les aliments, au-delà de leur simple apport calorique, sont pourvus d’une énergie beaucoup plus subtile qui les fait « résonner » à l’intérieur de notre corps et influencer notre être dans ses trois dimensions : physique, psychique et spirituelle. Ce n’est pas non plus consommer des plats ou des produits exotiques, mais faire corps et âme avec les productions de son propre sol. Ce n’est enfin certainement pas manger avec des baguettes mais prendre le temps de retrouver le goût naturel des produits cuisinés sainement.


   « Que l’aliment soit ton premier médicament », ce précepte hippocratique est également en accord parfait avec l’esprit d’une philosophie chinoise qui est fondée sur le jeu relationnel entre l’homme et son biotope.

   Chaque aliment a en effet une action propre, un destin particulier qui le fait entrer en sympathie avec un Elément et son organe particulier. Ceci est dû tout d’abord à sa Saveur (salée, acide, amère, douce ou piquante) :

« Après que les cinq saveurs soient entrées dans l’Estomac, chacune d’elle se dirige vers son organe favori, l’acide au Foie, l’amer au Cœur, le doux à la Rate, le piquant au Poumon et le salé au Rein »

                                                                                                Huangdi Neijing.


   Aussi, en utilisant à bon escient le cycle de contrôle d’un Elément sur l’autre, le médecin nutritionniste sera à même d’influer sur le tableau énergétique de son patient :

« La saveur douce convient lorsque le Foie est malade, la saveur piquante est conseillée lorsque le Cœur est malade, la saveur salée est conseillée si la Rate est malade, la saveur acide est conseillée si le Poumon est malade, la saveur amère est conseillée si le Rein est malade. »

                                                                                        Traité de diététique et d’hygiène (XIII° siècle)


   Mais, en plus de sa Saveur, chaque aliment est également pourvu d’une Nature (fraîche, froide, tiède, chaude ou neutre). Ici, on se sert de la théorie du Yin et du Yang pour restaurer l’équilibre énergétique. Les natures Yin, fraîches et froides, sont appropriées pour refroidir et apaiser l’ardeur du fonctionnement excessif des organes internes. Les natures chaudes conviennent à ceux qui ont besoin de tempérer un excès d’énergie Yin. Les natures neutres sont conseillées aux êtres dont les deux polarités sont relativement équilibrées.


   De même, une assiette bien assortie doit comprendre les cinq Couleurs emblématiques des 5 Eléments : le vert pour nourrir le Foie, le rouge pour dynamiser le Cœur, le jaune pour équilibrer la Rate, le blanc pour stimuler le Poumon et le noir pour renforcer le Rein. Et ont peut aller plus loin dans le jeu des résonances analogiques et envisager encore la texture des aliments et leur dynamisme ainsi que leur mode de cuisson, autant de facteurs que le médecin prendra bien sûr en considération pour effectuer sa prescription.


    « Les règles prescrivent de se conformer aux saisons de l’année, d’offrir des repas du pays où l’on est, de s’accommoder aux désirs de l’esprit, aux inclinaisons de l’homme, à la nature des choses. Ainsi, chaque saison aura ses productions particulières, chaque terrain ses plantes favorites, chaque homme les mets qui lui conviennent. Ce que la saison n’a pas produit, ce que le sol n’a pas nourri, un homme sage ne l’offre pas. Si les habitants d’une montagne aride offraient du poisson, si les habitants du bord d’un lac offraient des sangliers, un sage dirait qu’ils ne connaissent pas les règles de la santé. En ce qui concerne ces règles, il faut considérer en premier lieu le temps, en second lieu l’ordre établi par la nature, en troisième lieu la qualité, en quatrième lieu ce qui convient à la condition des personnes et des circonstances et en cinquième lieu la proportion. » 

                                                                                         Livre du Rituel 1121 – 222 av. J.C.


 
 
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